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À l’article automate, le Larousse décrit une machine qui, par le moyen de dispositifs mécaniques, pneumatiques, hydrauliques, électriques ou électroniques, est capable d’actes imitant ceux des corps animés. On désigne par androïde tout automate à figure humaine.

L’encyclopédie définit la machine comme ce qui sert à augmenter ou régler les forces mouvantes, ou quelques instruments destinés à produire le mouvement de façon à épargner ou du temps dans l’exécution de cet effet, ou de la force dans la cause.

La notion de mouvement, bien présente, caractérise complètement les automates qui nous préoccupent. Machines avant tout, ils appartiennent bien tous deux au monde des techniques ; mais comme le souligne Jean-Claude Beaune la différence entre les deux termes réside dans la vitalité que l’un véhicule contrairement à la dureté matérielle de l’autre, étrangère à la vie et à l’homme.[1]

 

Au fil des temps il [l’automate] sera machine philosophique, objet de démonstration, modèle scientifique d’explication du monde, thème de science-fiction, malin génie de la civilisation du progrès, machine-outil, miroir des angoisses humanistes de nos sociétés postindustrielles ; mais aussi objet de collection et de musée, dans tous les cas, structure logique ambiguë, double et duplice, vivante et non vivante… C’est sans doute cette ambiguïté même, cette duplicité qui explique la fascination que l’automate exerce sur la quasi-totalité des cultures et des époques historiques. Il est pour les hommes, non seulement miroir déformant d’une image indécise, mais ferment de critique et d’interrogation. Ses racines mythologiques, philosophiques, théâtrales puis physiques, biologiques, techniques enfin lui confèrent la vocation de « pierre de touche » d’une vision globale du savoir et des pouvoirs.[2]

 

Suivant les époques, les Machines ont été artifice religieux ou symbole de grandeur, tribut d’allégeance ou cadeau princier, signe de distinction ou faire-valoir innovant, vecteur de communication ou support séditieux. Mais cela toujours au service du Souverain… Qu’il soit spirituel, temporel ou plébéien.

Cerner le sujet, vous l’avez compris, sera d’énoncer ce qui de la mobilité est mécanique, et ce qui de la mécanique est sans vie.

La continuité du propos m’amènera quelquefois à des digressions historiques, mécaniques voire horlogères. Comment introduire les jacquemarts, automates à sonnerie, sans évoquer les mécanismes horlogers primitifs ?

 

Il me faudra aussi souligner la constance des spectateurs, l’émerveillement de leurs sens, le ravissement de leur esprit, la permanence des symboles.

Une interrogation s’est imposée au fur et à mesure que j’avançais dans le dépouillement de ces miscellanées.

Doit-on repousser au-delà des limites que je viens de dresser, les relations antiques, les traditions, les chansons de geste qui hypostasient le ressort dramatique de la mécanique, infernale ou bénéfique, mais totalement imaginée, affabulée ou fantasmée, mais aussi métaphorique, voire allégorique ? Les légendes, constituant un écran, altèrent la perception de la réalité historique. Comment démêler le possiblement vrai du vraisemblablement faux ? [3]

 

Les annales, reprenant des traditions jusque-là transmises oralement, citant les hauts faits de personnages illustres ne semblent pas en adéquation avec les connaissances censées être communément partagées à l’époque. Comment intégrer les statues dédaliques, la mouche de bronze de l’évêque de Naples ou la tête parlante de Gerbert d’Aurillac, réalisations décrites comme capables de discernement et d’initiative, alors que les androïdes du troisième millénaire balbutient tout juste ces compétences ?

 

Non seulement la volonté humaine, le rêve, le nécessaire besoin d’échapper au quotidien a anticipé largement sur les possibilités techniques de l’époque envisagée, mais les copistes et traducteurs de tous temps ont largement contribué au détournement de sens quand pour traduire un texte de quelques siècles avant notre ère ils ont utilisé des mots, des locutions, des concepts et des outils de la fin du premier millénaire. De fait, chaque époque a projeté dans ses traductions, sa propre vision référentielle.

J’essayerai au long de ces pages, non pas seulement de décrire des machines fonctionnelles, mécaniquement viables et techniquement pérennes mais d’envisager le rapport magique qu’elles entretiennent avec l’humain. Ou plus exactement ce que l’humain a voulu communiquer à travers l’animation de la matière, avérée ou non. L’important n’étant pas la mesure, impossible, du crédit à accorder aux textes, mais bien de comprendre la réalité sous-jacente qu’ils révèlent.

 

 

 

[1] Jean-Claude Beaune, L’Automate et ses mobiles, Flammarion, 1980, p. 8.

[2] Jean-Claude Beaune, L’Automate et ses mobiles, Flammarion, 1980, p. 11.

[3] Déformation d’un aphorisme de Sir Karl Raimund Popper (1902, † en 1994) Philosophe des sciences du XXe siècle, promoteur de l’épistémologie évolutionniste. Il caractérise le progrès scientifique comme une théorie des essais et de l’élimination de l’erreur dans son ouvrage Unended Quest, Open Court, 1976 – La quête inachevée, [Trad. Renée Bouveresse] Calmann-Lévy, Paris, 1981.

 

 

 

 

 

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