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Dans les pages concernant les jardins mythiques de Mésopotamie, nous avons bien ressenti cette préoccupation, peut-être sublimée par ces récits légendaires. Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, grâce aux fouilles archéologiques, nous retrouvons des traces incontestables de l’existence de machines hydrauliques pour le puisage de l’eau et l’irrigation.

Tant qu’il s’agit de creuser des rigoles, cela reste relativement simple ; mais le plus souvent il faut puiser l’eau depuis les profondeurs de la terre, lui faire passer des bosses géologiques, desservir des terrains plus hauts que le cours d’eau d’origine. Nous avons déjà eu l’occasion d’aborder ce sujet à propos des jardins suspendus de la mythique Babylone et des stipes du palmier, taillés et agencés de telle manière que le tronc se transforme en vis d’Archim… Non, pas de nom… Ne gravons pas dans le marbre une information somme toute, hasardeuse et disputée, c’est le moins que l’on puisse dire entre plusieurs héros techniciens : entrevue en Mésopotamie, attribuée à Archytas de Tarente et pour finir concédée à Archimède…

Mais qu’en est-il vraiment de la répartition primitive de l’eau ? Une première réponse apparaît en Mésopotamie dès le IIIe millénaire avant notre ère. Elle passe ensuite en Égypte au milieu du IIe millénaire, puis conquiert le bassin méditerranéen et l’Afrique sub-saharienne. Simplissime outil faisant appel à la notion d’équilibre, parfait pour les cultures vivrières indigènes, mais ne convenant pas pour une alimentation continue, le chadouf, rudimentaire mais toujours en usage, puise l’eau manuellement. Il est constitué d’une pièce de bois pivotant sur un axe vertical. D’un côté, une outre de peau au bout d’une corde ; à l’opposé, un poids. L’utilisateur plonge l’outre dans les flots en contrebas et la remonte remplie, soulagé par le contrepoids. Puis il vide la poche dans une rigole d’irrigation et recommence. Nous sommes bien en présence d’une des premières mises en pratique de machines simples, en l’occurrence, du levier.

 

Qanat

 

Les Qanats

L’importance des nappes phréatiques de certaines régions du plateau iranien, le souci de minimiser l’évaporation et le développement d’organismes parasites, l’implantation sur des terres arides de populations déplacées ayant une expérience préalable des bienfaits de l’irrigation et la simplicité relative de leur mise en œuvre favorisent la technique des galeries drainantes, localement appelées qanât[1] : assimilables en quelque sorte à des puits horizontaux. Les premières conduites auraient été creusées au nord-ouest du plateau iranien vers la fin du IIe millénaire av. J.‑C[2], puis au VIIIe siècle en Arménie ; Samos s’équipe au VIe siècle avant J.-C.

Ces aqueducs souterrains à écoulement gravitaire mesurent souvent plus de 500 mètres –jusqu’à 71 km pour le plus long à Zarch en Iran, qui comporte plus de 2000 puits de visite verticaux- et prennent source, à des profondeurs d’environ 10 mètres –jusqu’à 300 m pour le plus profond à Gonabad dans l’est de l’Iran.  Ils sont signalés en surface par l’alignement des orifices des puits verticaux, matérialisés par des cônes de déjection, provenant des résidus du percement de la portion de galerie et du puits attenant[3]. Outre le fait que cela divise en autant de lots, la galerie horizontale à creuser, et donc de progresser simultanément en plusieurs endroits en même temps ; cela permet de contrôler l’implantation géodésique de celle-ci et d’éviter les erreurs d’orientation.

Outre le peuplement de zones arides permis par la judicieuse conception de ces qanâts, et bien que ce ne soit pas, stricto sensu, mécanique, intéressons-nous à cette forme d’irrigation par drainage car la résolution des problèmes rencontrés initie la compréhension, l’utilisation et le développement de données physiques telles que la géologie, l’hydrologie, l’orientation, la topographie et la géométrie. Et même si les techniques de terrassement sont plutôt archaïques, les moqanis emploient des chèvres équipées de treuils pour déblayer les gravats et d’équerres de niveau pour assurer le maintien de la pente limitée à environ un pour mille.

Rien que pour l’Iran, leur nombre est estimé entre 30000 et 40000 unités ; ce qui fait que l’on évalue la somme de leurs débits à l’équivalent de celui de la Garonne à Bordeaux. Cela permet d’irriguer potentiellement, environ trois millions d’hectares.

Cette technologie, appréciée des ingénieurs romains, a aussi été appliquée loin des déserts moyen-orientaux. Au Luxembourg[4], l’aqueduc souterrain[5] des Raschpëtzer à proximité de Walferdange, a été mis à jour en 1985. Toujours opérationnel, ce qanât européen fait 650 mètres de long et treize puits verticaux le jalonnent, taillés dans le roc, jusqu’à une profondeur de 36 m. Il délivre quotidiennement 180 mètres cubes d’eau potable. L'étude dendrochronologique des pièces de bois servant d'étais, permet de le dater du deuxième siècle de notre ère.

 

 

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[1] D’après Henri Goblot, les mineurs de charbon avaient développé ce système de canaux afin d’extraire l’eau des mines.

In Henri Goblot, Les Qanâts : une technique d’acquisition de l’eau, Mouton Éd., Paris, 1979.

[2] Il n’y a, en effet, à la surface, en toute cette contrée, aucune trace d’eau vive. Mais on y trouve plusieurs canaux souterrains et des puits conduits à travers ces déserts, et tout à fait ignorés de quiconque ne connaît pas parfaitement ces localités. Parmi les indigènes est accréditée une tradition à ce sujet qui est exacte : ils disent que les Perses, à l’époque où ils étaient maîtres de l’Asie, promirent à ceux qui amèneraient des eaux dans ces lieux auparavant arides, de recueillir pendant cinq générations les fruits de cette terre ainsi fertilisée. Comme le Taurus renfermait des sources nombreuses et abondantes, il n’y eut pas de dépenses ni de fatigues que ne bravassent les habitants pour conduire au désert des canaux de fort loin, si bien même qu’aujourd’hui, ceux qui se servent de ces eaux ne savent pas d’où partent ces canaux et quelles veines les alimentent.

In Polybe, Histoire Générale, [Trad. Félix Bouchot], Charpentier, Paris, 1847, Livre X, §. 28.

[3] Miliard A. Butler, Irrigation in Persia by Kanats, In Civil Engineering, vol. 3, février 1933, New York.

[4] D’autres qanats romains moins spectaculaires existent dans la région : Noertzange, Emerange, Frisange, ainsi que dans la région de Trèves toute proche ce qui fait supposer qu’un hydraulicien romain a importé cette technique, localement.

[5] Pierre Kayser & Guy Waringo, L’aqueduc souterrain des Raschpëtzer : un monument antique de l’art de l’ingénieur au Luxembourg, In Revue archéologique de l’Est, 2003, vol. 52, pp. 429-444.

 

 

 

 

 

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