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Si l’usage des poupées précédentes reste une énigme, il est des terres cuites grecques de la même période qui ont, elles, une fonction tout à fait déterminée et documentée.

Pour cela plongeons nous dans la description du vase-statuette[1] exposée au Musée du Louvre[2], que nous communique E. Pottier[3] dans ses correspondances helléniques…

Après analyse stylistique, considérations esthétiques et datation, E. Pottier s’amuse du caractère plaisant du personnage de satyre[4], enlaçant son précieux fardeau et connu pour son ivrognerie, prêt à boire à même le vase.

Si le sujet évoque le divertissement, sa conception et son rôle le destine particulièrement à la récréation des invités lors de symposions[5].

Rappelons que dans ces temps-là, le banquet grec se fait en deux temps : d’abord est servi le repas proprement dit, principalement constitué de viandes et de céréales. Le dîner terminé, les tables débarrassées se couvrent de cratères, d’œnochoés et de skyphos. Les mains lavées, parfumés, la tête ornée d’une couronne, les banqueteurs sont conviés à passer à la deuxième partie, précisément le symposion.  

Aux plaisirs de Dionysos, se mêle alors la musique et les discussions commencées sur l’agora, les récitations et les joutes philosophiques, le tout entrecoupé de jeux et de divertissements, comme celui qui nous occupe maintenant.

Son rôle essentiel est de provoquer l’hilarité des banqueteurs car, par un système astucieux de vases communicants, commandé en bouchant ou non les orifices de la tête et du dos de la figurine, les liquides proposés aux convives, apparaissent et disparaissent à volonté. La vue en coupe ci-dessus, permet d’en appréhender le stratagème.

Nous pouvons aisément imaginer la stupeur de la victime, voyant le vin offert, disparaitre brutalement… dans l’anneau du socle.comaste Louvre 02

Le tour est à double effet, car une fois les évents ouverts, le socle et la statuette s’emplissent de vin et l’hôte présente un cratère vide aux assoiffés. En insufflant de l’air par les évents, la pression exercée fait remonter le liquide dans le vase et le satyre rend le liquide tout aussi inopinément qu’il l’a avalé à l’instant précédent.

Lors de l’examen de ce vase plastique, un élément nullement décrit par E Pottier, apparait, évident... et incongru !

La coupe une fois vidée, l’éraste, facétieux, devait la retourner et mettre sous les yeux de ses invités les parties intimes du cômaste, soit pour faire rougir son éromène, nouvellement introduit, soit dans le cadre plus rituel des phallophories du culte dionysiaque.

Nous rapprocherons ce personnage des acteurs au masque grotesque et au ventre postiche de l’Atellane[6], cette comédie populaire romaine qui n’apparait à Rome que vers le IIIe siècle avant J.-C. Ces tranches de vie quotidienne des petites gens, mêlant obscénités, grosses farces et bastonnades pourraient bien être à l’origine de ce qui deviendra la commedia dell’arte.

Nous pouvons tirer plusieurs remarques d’un tel objet : comme cela est documenté dans les nombreuses relations de la vie quotidienne, les invités d’un banquet prenaient du plaisir à ces escamotages et jeux de société, au moins autant qu’aux discussions métaphysiques.

Au début du VIe siècle avant notre ère, au bas mot, trois siècles avant l’hydraulique des alexandrins que nous étudierons plus loin, des artisans astucieux savait divertir leurs concitoyens avec des tours de physique amusante.

De tout temps, les amphitryons ont pris plaisir à surprendre ou à provoquer leurs commensaux, prenant ainsi leurs marques vis-à-vis d’eux.

De cette source d’enivrement et de magie, coule aussi une fontaine miraculeuse, vrai prodige de Dionysos, dieu du vin et du comos.

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[1] Vase plastique corinthien en forme de cômaste buveur, anciennement appelé Satyre buveur. Vase à surprise, Corinthe, vers 580-570 avant J-C. Hauteur totale : 210mm, diamètre du socle 140mm. Musée du Louvre, Paris, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, Galerie Campana II, Salle 41, CA 454. Un exemplaire similaire est signalé au Neues Museum de Berlin.

[2] Denoyelle Martine, Chefs d’œuvre de la céramique grecque dans les collections du Louvre, 1994, p. 36, notice 13.

[3] E. Pottier, Le satyre buveur, vase à surprise du Musée du Louvre, In Bulletin de correspondance héllénique, Ecole française d’Athènes, 19e année (janv-oct 1895), Thorin, Paris, 1895, p.225 & suiv.

[4] Ce vase-statuette acquis en 1891 par les conservateurs du Louvre est depuis identifié comme étant celui d’un cômaste, un banqueteur tenant un skyphos. Les comastes sont des danseurs aux gestes expressifs et vêtus de costumes rembourrés qui exagèrent leurs proportions anatomiques. Ils constituent un sujet fréquent de l’iconographie dès l’époque de Transition (630-615 av. J.C.) et jusqu’au Corinthien Récent (570-550 av. J.C.) et sont représentés entre autres, sur les vases à vin. A l’origine il s’agissait de gens ordinaires célébrant probablement des rituels liés au culte du dieu du vin, Dionysos. Notice d’Alexandra Kardianou-Michel, pour le Louvre.

[5] Συμπόσιον, littéralement boire ensemble. Le maître de banquet, le symposiarque, veille au bon déroulement de la fête, à l’harmonie et à la montée de l’ivresse collective. Il incite les convives à réciter des poèmes, à jouer ou à écouter de la musique, à boire et à se divertir. Le symposion est une pratique sociale et rituelle autour de laquelle se construit une partie de la culture grecque. Participer à un banquet est un signe d’appartenance à une élite aristocratique. Pour être respecté des autres et passer pour un homme cultivé, il faut savoir bien s’y tenir.

[6] Voir à ce sujet la figure de terre cuite, Acteur de l’atellane, Campanie, Ie siècle avant J.-C., Musée du Louvre, Département des antiquités grecques, étrusques et romaines, Cp 4489.

 

 

 

 

 

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