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Un autre cas de propagande a été l’utilisation que faisait Tippoo, sultan de la province de Mysore, à la fin du XVIIIe siècle.

Une rumeur était arrivée aux oreilles de l’Etat Major de l’Armée des Indes, disant qu’un sultan suppliciait régulièrement des soldats anglais en les jetant aux tigres. Comme cette province résistait à l’occupation et ne concédait pas de comptoir à la Compagnie des Indes Orientales, l’armée de sa Très Gracieuse Majesté envahit la province et sa capitale devant un tel affront. En réduisant le Palais de Seringapatum, ils eurent le plaisir de constater que le supplice n’était en définitive qu’un substitut mécanique. Le rapport était diplomatiquement exagéré, comme le sera plus tard, la dépêche d’Ems[1] .

Mais là aussi, peu importe le subterfuge, seul le résultat compte. Mettre au pas ce farouche indigène, ne manquerait pas d’apporter son lot d’avantages.

Bien que musulman, le sultan Tippoo avait un amour immodéré des tigres. Et une haine farouche de l’occupant occidental. Pour satisfaire ses pulsions, il fit réaliser en 1790 un tigre mécanique, qui se jetait sur un  soldat occidental et le dévorait à belle dent.

Si la sculpture reste dans la tradition des sculptures religeuses Hindu, l'instrument doit vraisemblablement sa conception à un artisan français... En tout cas, les mauvaises langues le disent !

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Les feulements du tigre du Bengale, mangeur d’hommes, sont astucieusement réalisés par un couple de tuyaux, l’un ouvert, l’autre bouché et jouant simultanément. Quant aux râles de la victime, une troisième flûte (flue flute) débouchant astucieusement dans la gorge ouverte du malheureux, module son intonation par la gesticulation de sa propre main gauche, devant la bouche du tuyau.

Auguste Barbier décrit sa vision lors de sa visite au « Victoria et Albert Museum » de Londres, dans son poeme Le Joujou du Sultan publiée en 1837[2]

II est au cœur de Londre, en l'un de ses musées,
Un objet qui souvent occupe mes pensées :
C'est un tigre de bois, dans ses ongles serrant
Le rouge mannequin d'un Anglais expirant.
L'animal a le cou baissé, la gueule ouverte,
Et des saignantes chairs de l'homme à face verte
Il paraît assouvir son appétit glouton.
Puis, pour vous compléter l'horrible illusion.
Un tourniquet placé sur le flanc de la bête,
Comme celui d'un orgue à la main qui s'y prête.
Tantôt fait retentir le joyeux grondement
De l'animal, tantôt le plaintif râlement
Du malheureux tombé sous sa griffe cruelle ;
Et le gardien, qui meut la rauque manivelle.
Dit : « Voilà le réveil du sultan de Meissour,
« Le fier Tippou-Saheb ! Aussitôt que le jour
« Illuminait les cieux de sa lueur divine,
« Un de ses serviteurs agitait la machine,
« Et le maître éveillé repaissait ses deux yeux
« De l'infernal jouet, et le bruit odieux
« Rallumait sa fureur et remontait sa haine
« Contre les conquérants de la terre indienne. »

O barbare instrument d'un atroce plaisir !
Affreuse invention, tu ne pouvais sortir
Que des concepts sanglants d'une tête sauvage!
C'est bien vrai... cependant on comprend cette rage
De la part d'un guerrier traqué dans vingt combats
Par de froids ennemis qu'il ne connaissait pas ;
On comprend qu'en sa lutte il ait pu souvent dire:
« Je suis le possesseur d'un magnifique empire,
« J'ai de vastes palais et de nombreux vassaux,
« Des armes de grand prix, de superbes chevaux,
« De l'or, des diamants, à mouvoir à la pelle,
« Et de rares beautés, dont la noire prunelle,
« Les lèvres de corail et les seins gracieux
« Font rêver ici-bas aux voluptés des cieux;
« Et voila que du bout de la terrestre sphère,
« D'un petit tas de fange appelé l'Angleterre,
« Arrivent par la mer, sur les bords indiens,
« Des milliers de larrons pour me ravir ces biens ;
« Et je me laisserais voler par cette engeance
« Sans contre elle invoquer le dieu de la vengeance,
« Et chercher par le fer, le feu, le plomb mortel,
« A la précipiter hors du nid paternel!
« Faut-il n'être plus homme, abdiquer tout courage,
« Et résigner son cœur, ses bras à l'esclavage,
« Parce qu'il plaît au luxe insolent et pervers
« De cent marchands bretons d'asserv'ir l'univers?
« Non, non, je lutterai tant que la pure haleine
« De l'air fera courir du sang chaud dans ma veine,
« Et si le sort un jour doit m'étre décevant,
« Mes ennemis du moins ne m'auront pas vivant ! »
Il tint parole ; en roi tombé sur son domaine
Il mourut, et laissa l'instrument de sa haine
L'attester même encore aux mains de ses vainqueurs. . .
Certes le fier Tippou n'avait pas les douceurs
D'un agneau dans le sang, mais ses blonds adversaires
Avaient-ils, eux aussi, des sentiments de frères?
Étaient-ils animés du feu de charité
Et d'une bonté vraie envers l'humanité,
Ces Clive, ces Hastings de sinistre mémoire.
Qui pour mieux assurer sur l'Inde leur victoire.
Outre le fer de Mars et la main des bourreaux.
Vilement employaient le mensonge et le faux?
Que penser des agents de cette Compagnie
Qui, spéculant sur les aliments de la vie.
Un jour de sécheresse, hélas ! par millions
Faisaient périr de faim les populations?
Par millions ! et Dieu permit que de tels crimes
Se commissent, laissant ses tonnerres sublimes
Égarer dans les airs leurs carreaux destructeurs
Sans redescendre aux fronts de ces affreux tueurs !
Par millions ! et c'est ainsi que les empires
S'élargissent au prix d'innombrables martyres.
Et des monceaux de morts sont les fondations
De la prospérité des grandes nations.
De peuples s'honorant des grâces du baptême.
Et réclamant, ô Christ, l'avantage suprême
De propager partout ta sainte et douce loi,
Et de renouveler l'univers avec toi !
O mystère du sort ! ô profondeur terrible
A tout penseur doué d'un cœur tendre et sensible !
Qui pourrait vous sonder? Pour moi, vaste cité,
O Londres ! quand parfois mon regard attristé
D'un de tes grands nababs voit s'éclairer la fête.
Comme auprès de Macbeth la figure défaite
Du spectre de Banquo, je revois à l'instant
Le corps fauve et rayé du tigre du sultan;
J'entends, j'entends soudain son grondement féroce.
Et, pensant à l'horreur de son repas atroce.
Je bénis le destin de n'être pas de ceux
Dont ce raout égayé et le ventre et les yeux;
Car malgré ses parfums, ses splendeurs, sa richesse.
Une odeur de corps morts m'y poursuivrait sans cesse.
Dans ses coupes de verre, au contour ravissant,
La pourpre des bons vins me paraîtrait du sang.
Et tous les diamants de ses plus belles femmes
Me perceraient le cœur de leurs célestes flammes.

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[1] Courrier diplomatique de Guillaume Ier roi de Prusse, initialement plutôt conciliant, mais intercepté et astucieusement tronqué par Bismarck, afin d’en faire un camouflet pour la France de Napoléon III, qui n’avait alors d’autre alternative que de déclarer la guerre le 17 juillet 1870.

[2] Auguste Barbier, Le Joujou du Sultan, in Iambes et poèmes, pub E. Dentu, 1868.

 

 

 

 

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